Un colis sur mille pose problème. C’est peu, jusqu’au jour où c’est le vôtre : un client affirme n’avoir jamais reçu sa commande alors que le suivi indique « livré », une palette arrive écrasée, un envoi disparaît entre deux hubs.

La réaction spontanée est de se tourner vers le transporteur. C’est légitime, mais c’est aussi la source de la plupart des mauvaises surprises — parce que la question « qui est responsable ? » n’a pas une seule réponse. Elle en a deux, qui répondent à deux logiques juridiques distinctes et à deux calendriers différents.

Cet article démêle les deux, détaille les cas de figure les plus fréquents et précise les délais à ne pas manquer.

Deux relations, deux régimes de responsabilité

C’est le point de départ, et celui qui explique la majorité des erreurs de gestion.

D’un côté, la relation entre vous et votre client. Elle relève du droit de la consommation. Elle est immédiate, et elle ne se discute pas.

De l’autre, la relation entre vous et votre transporteur. Elle relève du droit commercial et du contrat de transport. Elle est encadrée par des délais courts et des plafonds d’indemnisation.

Ces deux relations sont indépendantes. Le fait que le transporteur soit fautif ne vous décharge en rien vis-à-vis de votre client. Et le fait que vous ayez remboursé votre client ne vous garantit pas d’être indemnisé par le transporteur.

Face à votre client : vous êtes responsable jusqu’à la remise physique

Le principe est posé par l’article L216-2 du Code de la consommation : le risque de perte ou d’endommagement du bien est transféré au consommateur au moment où celui-ci, ou un tiers qu’il a désigné, prend physiquement possession du bien.

Tant que le colis n’est pas entre les mains de votre client, il est à votre charge. Peu importe qu’il soit dans un camion, dans un hub de tri ou dans un point relais.

⚠️ Attention à la numérotation des articles. De nombreux contenus en ligne citent encore les articles L216-4 et L216-5 du Code de la consommation. Ces références correspondent au texte applicable aux contrats conclus avant le 1er janvier 2022. Depuis l’ordonnance n° 2021-1247 du 29 septembre 2021, la règle figure aux articles L216-2 et L216-3.

Deux conséquences pratiques.

Vous ne pouvez pas vous exonérer par vos CGV. Les dispositions du chapitre sur la livraison et le transfert de risque sont d’ordre public : une clause qui transférerait le risque au client dès la remise au transporteur est sans effet.

Vous restez responsable même si le transporteur reconnaît sa faute. La Cour de cassation l’a confirmé dans un arrêt du 3 février 2021 : dès lors que l’acheteur n’avait pas pris physiquement possession du bien, le vendeur supportait le risque de la perte — y compris lorsque le transporteur avait déjà versé une indemnité.

S’ajoute à cela l’article L221-15 du Code de la consommation, qui rend le professionnel responsable de plein droit de la bonne exécution du contrat conclu à distance, que les obligations soient exécutées par lui-même ou par d’autres prestataires — le transporteur, notamment.

L’unique exception concerne le cas où le client fait appel à un transporteur qu’il a choisi lui-même, en dehors des options que vous proposez. Le risque lui est alors transféré dès la remise au transporteur. En pratique, cette hypothèse est rare en e-commerce : proposer plusieurs transporteurs au moment du choix de livraison ne suffit pas à faire du client le donneur d’ordre.

Face au transporteur : une responsabilité de plein droit, mais encadrée

L’article L133-1 du Code de commerce pose un principe favorable : le transporteur est garant de la perte des marchandises, sauf force majeure, et garant des avaries, sauf vice propre de la chose ou force majeure. Vous n’avez pas à prouver sa faute.

En contrepartie, cette responsabilité est encadrée par trois limites qui font échouer beaucoup de réclamations.

Le délai de trois jours pour les avaries et pertes partielles

C’est la règle la plus impitoyable du dispositif. Selon l’article L133-3 du Code de commerce, la réception de la marchandise éteint toute action contre le transporteur pour avarie ou perte partielle si, dans les trois jours suivant la réception — jours fériés non compris — le destinataire n’a pas notifié une protestation motivée, par lettre recommandée ou acte extrajudiciaire.

Trois précisions déterminantes :

  • Les réserves doivent être motivées. Une mention de style du type « sous réserve de déballage » est régulièrement jugée insuffisante par les tribunaux. Il faut décrire précisément le dommage constaté.
  • Les réserves portées sur le bon de livraison ne suffisent pas à elles seules. La confirmation par lettre recommandée dans le délai reste la seule voie sûre.
  • La règle est d’ordre public. Toute clause contraire est nulle. Elle ne s’applique en revanche pas aux transports internationaux, où la convention CMR porte le délai à sept jours pour les dommages non apparents.

À noter : ce délai concerne l’avarie et la perte partielle, c’est-à-dire les situations où la marchandise a été reçue. En cas de perte totale, il n’y a pas de réception, donc pas de forclusion à trois jours — seule joue la prescription générale.

La prescription d’un an

Les actions contre le transporteur pour pertes, avaries ou retard se prescrivent par un an à compter de la livraison ou de la date à laquelle elle aurait dû intervenir. C’est un délai confortable en apparence, qui se referme vite quand un dossier reste en attente d’un retour du transporteur.

Les plafonds d’indemnisation

C’est le second grand sujet de désillusion : vous ne serez pas indemnisé à la valeur de votre marchandise, mais au poids.

Le contrat type général, qui s’applique à défaut de convention écrite entre les parties, plafonne l’indemnisation à 33 € par kilogramme de poids brut manquant ou avarié, sans pouvoir dépasser 1 000 € par colis, pour les envois de moins de trois tonnes. Ces montants résultent de la révision du contrat type intervenue en 2017 ; les valeurs antérieures — 23 € par kilogramme et 750 € par colis — circulent encore largement.

En transport international routier, la convention CMR retient une limite exprimée en droits de tirage spéciaux, de l’ordre de 8,33 DTS par kilogramme.

💡 Le calcul à faire une fois pour toutes — Multipliez le poids moyen de vos colis par le plafond au kilo applicable, et comparez au panier moyen. Un colis de 800 g contenant pour 400 € de cosmétiques ouvre droit à environ 26 € d’indemnisation. C’est ce type d’écart qui justifie une couverture complémentaire.

Deux points de vigilance importants. D’abord, le contrat type ne s’applique qu’en l’absence de convention écrite : les transporteurs de messagerie et les intégrateurs prévoient presque tous leurs propres conditions, souvent moins favorables. Vos plafonds réels figurent donc dans vos CGV transporteur, pas dans le décret.

Ensuite, deux mécanismes permettent de relever le plafond : la déclaration de valeur (dite ad valorem), souscrite envoi par envoi moyennant un supplément, et une police d’assurance marchandises transportées couvrant l’ensemble de vos flux. La seconde est généralement plus adaptée à des volumes e-commerce réguliers.

Les cas de figure les plus fréquents

Le colis n’est jamais arrivé

Vis-à-vis du client : vous devez réexpédier ou rembourser. Vis-à-vis du transporteur : ouvrez une enquête, puis une réclamation. Pas de forclusion à trois jours, mais l’action se prescrit par un an.

Le colis arrive endommagé

Le client doit émettre des réserves précises à la livraison, puis vous confirmez par lettre recommandée sous trois jours. C’est le seul cas où votre client tient une partie de votre dossier entre ses mains : sans réserves motivées de sa part, votre recours est compromis. D’où l’intérêt d’expliquer la marche à suivre en amont, dans vos CGV et dans vos e-mails de suivi de livraison.

Le suivi indique « livré » mais le client n’a rien reçu

Le cas le plus délicat. La charge de la preuve de la livraison pèse sur vous, et un simple statut « livré » dans un outil de tracking constitue une preuve fragile face à un consommateur qui conteste. Selon le mode de livraison, vous disposerez d’une signature, d’un code de retrait, d’une photo de dépôt ou de rien du tout.

En pratique, le contentieux se règle rarement en votre faveur sur ce point. Mieux vaut arbitrer économiquement — rembourser, et documenter le dossier pour identifier d’éventuels comportements répétés.

Le colis a été volé après dépôt devant la porte

Si le client a effectivement pris possession du colis, le risque lui a été transféré. Mais un dépôt sans remise en main propre rend cette prise de possession difficile à établir. C’est la raison pour laquelle la livraison sans signature, commode et peu coûteuse, transfère en réalité un risque vers le vendeur.

La livraison en point relais

Tant que le client n’a pas retiré son colis, il n’en a pas pris physiquement possession : le risque reste chez vous, y compris si le colis disparaît dans le point relais.

La vente à un client professionnel

Le régime protecteur du Code de la consommation ne s’applique pas. Le transfert des risques suit alors le droit commun de la vente et vos conditions contractuelles. Si vous avez une activité B2B, ce point mérite d’être traité explicitement dans vos CGV.

L’erreur qui vous coûte le plus cher : l’emballage

Le transporteur s’exonère en cas de vice propre de la chose — ce qui recouvre un emballage inadapté à la nature de la marchandise et aux contraintes du transport.

Autrement dit, sur un colis mal calé, mal dimensionné ou insuffisamment protégé, vous n’obtiendrez rien. Et ce motif de refus est fréquemment opposé.

L’emballage n’est donc pas seulement une question de préservation de la marchandise ou d’expérience de déballage : c’est la condition de recevabilité de vos recours.

Ce qu’il faut mettre en place côté organisation

Dissociez le traitement client du litige transporteur. Votre client doit être réexpédié ou remboursé sans attendre l’issue de la réclamation, qui peut prendre plusieurs semaines. Faire patienter un client le temps d’une enquête transporteur est une double perte : le litige et la relation.

Documentez systématiquement. Photos du colis à l’expédition et à l’arrivée, poids, référence de suivi, échanges avec le client, preuve de livraison fournie par le transporteur. Un dossier constitué après coup est un dossier perdu.

Automatisez l’alerte sur les délais. Trois jours, c’est court. Un colis endommagé signalé un vendredi par un client doit déclencher une action avant le mardi suivant.

Tenez un registre des litiges par transporteur. Le taux d’incident par transporteur et par zone est un argument de négociation tarifaire — et parfois un motif de changement de partenaire.

À retenir — Devant votre client, vous êtes responsable jusqu’à la remise physique du colis, sans exception possible par vos CGV. Devant votre transporteur, vous disposez d’une responsabilité de plein droit, mais assortie d’un délai de trois jours pour les avaries, d’une prescription d’un an, et d’une indemnisation plafonnée au poids.

Le rôle du prestataire logistique

Chez Elico, en cas de produits endommagés, nous déclarons et suivons le litige auprès du transporteur sans qu’aucune action ne soit requise de votre part, et nous vous tenons informé de l’avancement du dossier.

En résumé

Un litige transporteur ne se gagne pas au moment de la réclamation, mais bien avant : par un emballage qui résiste à l’objection du vice propre, par des consignes claires données au client sur les réserves à formuler, par une organisation capable de réagir en trois jours, et par une couverture calibrée sur la valeur réelle de vos colis plutôt que sur leur poids.

Vous souhaitez faire le point sur la gestion de vos litiges transport ? Contactez notre équipe pour un échange sur votre situation.

FAQ — Colis perdu, endommagé ou volé

Le transporteur a perdu le colis : suis-je quand même responsable devant mon client ?

Oui. Le risque n’est transféré au consommateur qu’au moment où il prend physiquement possession du bien (article L216-2 du Code de la consommation). La défaillance du transporteur ne vous exonère pas, et la Cour de cassation a confirmé en 2021 que le vendeur reste tenu même lorsque le transporteur a déjà indemnisé l’acheteur. Vous devez réexpédier ou rembourser, puis exercer votre recours contre le transporteur.

Quel délai pour contester un colis endommagé auprès du transporteur ?

Trois jours à compter de la réception, jours fériés non compris, par lettre recommandée ou acte extrajudiciaire, avec une protestation motivée décrivant précisément le dommage. Passé ce délai, l’action contre le transporteur est éteinte. En transport international soumis à la convention CMR, le délai est porté à sept jours pour les dommages non apparents.

Une mention « sous réserve de déballage » suffit-elle comme réserve ?

Non. Les tribunaux considèrent régulièrement ce type de formule comme des réserves de style, vides de sens, qui ne satisfont pas à l’exigence de protestation motivée. Les réserves doivent décrire l’état constaté de manière précise, et être confirmées dans les formes et le délai prévus par la loi.

Combien serai-je indemnisé pour un colis perdu ?

L’indemnisation est plafonnée au poids, pas à la valeur. Le contrat type général applicable à défaut de convention écrite retient 33 € par kilogramme de poids brut, dans la limite de 1 000 € par colis, pour les envois de moins de trois tonnes. La plupart des transporteurs de messagerie appliquent toutefois leurs propres conditions : vos plafonds réels figurent dans votre contrat. Une déclaration de valeur ou une assurance marchandises transportées permet de relever ces limites.

Le suivi indique « livré » mais mon client conteste : que faire ?

La charge de prouver la livraison vous incombe, et un statut « livré » dans un outil de suivi constitue une preuve fragile face à un consommateur qui la conteste. Demandez au transporteur la preuve de livraison dont il dispose — signature, code de retrait, photo de dépôt. En l’absence d’élément probant, l’arbitrage est le plus souvent économique : rembourser et documenter le dossier.

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