Vendre sur plusieurs canaux (site e-commerce, marketplaces, magasins) permet d’augmenter la visibilité et le chiffre d’affaires. Mais dès que plusieurs canaux “tapent” dans le même stock, le risque augmente : survente, annulations, ruptures, promesses de livraison non tenues, tensions entre équipes e-commerce et retail.

Pour éviter que la croissance multi-canal ne se transforme en problèmes quotidiens, il faut définir des règles d’allocation de stock : qui a accès à quoi, quand, selon quel niveau de service, et comment on arbitre en cas de stock limité.

Dans cet article, vous trouverez des approches concrètes (dedicated vs shared stock, buffers, priorités, allocations dynamiques), des exemples de règles, une checklist et des KPI.

1) Allocation de stock multi-canal : définition

L’allocation de stock consiste à répartir un stock disponible entre plusieurs canaux, en définissant :

  • un périmètre (quels entrepôts / quels magasins / quels stocks),

  • des règles de réservation (quand le stock est “bloqué” pour un canal),

  • des priorités (quel canal passe en premier si le stock devient rare),

  • des buffers (stock de sécurité, quotas par canal),

  • un mode de pilotage (fréquence d’ajustement, indicateurs, exceptions).

L’objectif : tenir vos promesses (livraison, disponibilité, retrait magasin) sans pénaliser un canal au profit d’un autre, et sans surcharger l’exploitation.

2) Les 3 modèles d’allocation les plus utilisés

Modèle A — Stock dédié par canal (dedicated stock)

Vous affectez une partie du stock à chaque canal.

  • Exemple : 40% site, 40% marketplaces, 20% retail.

  • Avantage : simple, lisible, réduit les conflits.

  • Limite : risque de surstock sur un canal et rupture sur un autre, donc besoin de règles de rééquilibrage.

Modèle B — Stock partagé (shared stock)

Tous les canaux “puisent” dans un stock unique, avec une réservation au moment de la commande.

  • Avantage : maximise la disponibilité globale.

  • Limite : si les règles de priorité sont floues, vous subissez des annulations et des arbitrages au cas par cas.

Modèle C — Hybride (le plus fréquent en grands comptes)

Une partie du stock est partagée, une partie est dédiée, avec des exceptions par produits/canaux.

  • Exemple : best-sellers partagés + quotas retail sur les nouveautés + stock dédié marketplace sur les opérations commerciales.

3) La méthode en 7 étapes pour définir de bonnes règles

Étape 1 — Lister vos canaux et vos engagements de service

Avant de parler stock, clarifiez vos contraintes :

  • Délais de préparation/expédition par canal

  • Cut-off (heure limite) et promesses affichées

  • Pénalités marketplace (annulations, retard, “late shipment”)

  • Attentes retail (disponibilité en rayon, réassort, opérations en magasin)

Astuce : ce sont souvent ces règles de service (SLA) qui doivent dicter l’allocation, pas l’inverse.

Étape 2 — Classer vos produits (ABC + contraintes)

Tout produit ne se pilote pas pareil. Classez au minimum :

  • A : gros volumes / best-sellers

  • B : volumes moyens / réguliers

  • C : longue traîne

Ajoutez 2 tags utiles :

  • fragile / sensible (casse, contraintes packaging)

  • saisonnier / promo (pics, opérations retail ou marketplace)

Étape 3 — Définir votre “source de vérité” stock

Le multi-canal échoue souvent parce que le stock “réel” n’est pas le même partout. Il vous faut un système qui arbitre (OMS, ERP, WMS selon votre architecture) et qui sait :

  • déduire le stock au bon moment (réservation),

  • gérer les annulations/retours,

  • synchroniser rapidement vers les marketplaces et le site.

Étape 4 — Choisir le modèle d’allocation (A, B ou C)

En pratique :

  • si vos flux sont simples : dedicated ou shared

  • si vous avez retail + marketplaces + opérations : hybride

Étape 5 — Définir 3 types de règles

  1. Priorité (qui passe avant qui)

  2. Buffers (ce qui est protégé)

  3. Déclencheurs (quand on change de règle)

Exemple de priorités (à adapter)

  • Retail réassort prioritaire sur certains SKU “image”

  • Site prioritaire sur les SKU à forte marge

  • Marketplaces limitées sur les SKU à stock tendu (pour réduire le risque d’annulation)

Exemple de buffers

  • Stock de sécurité global : 10 jours de ventes moyennes

  • Quota retail : 20% du stock sur nouveautés

  • Cap marketplace : max 50 unités/jour sur SKU A pendant période de tension

Exemple de déclencheurs

  • Si stock < seuil X → on coupe marketplace ou on baisse le plafond

  • Si opération retail J-7 → on augmente le quota retail

  • Si retard fournisseur → on active un mode “protection” (hausse buffer, baisse promesses)

Étape 6 — Écrire vos règles dans une matrice simple

Rédigez 4 à 6 scénarios simples, par exemple :

  • Best-sellers (A) : stock partagé + cap marketplace + quota retail + buffer global

  • Nouveautés : quota retail pendant X semaines + ouverture progressive site, puis marketplaces

  • Produits fragiles : règles packaging spécifiques + promesse ajustée + contrôle qualité renforcé

  • SKU tendus : déclencheur “stock < seuil” → réduction promesse / fermeture marketplace / hausse buffer

  • Longue traîne (C) : stock partagé, pas de quota, gestion simple

L’objectif est d’avoir des règles claires, que tout le monde applique de la même façon.

Étape 7 — Mettre en place un pilotage mensuel (et une gestion des exceptions)

Sans pilotage, les règles deviennent obsolètes. Prévoyez :

  • une revue mensuelle (ou hebdo en période de pic),

  • une “liste d’exceptions” (top annulations, top ruptures, top surventes),

  • des ajustements chiffrés (buffers, caps, priorités).

4) Exemples concrets de règles (site + marketplaces + retail)

Cas 1 — Stock tendu sur un best-seller

  • Objectif : éviter les annulations marketplace et garder du stock pour le retail.

  • Règles :

    • Stock partagé

    • Buffer global : 7 jours

    • Quota retail : 25%

    • Cap marketplace : 30 unités/jour

    • Site : accès complet au stock restant

Cas 2 — Lancement produit (nouveauté)

  • Objectif : sécuriser la présence retail et tester la demande site.

  • Règles :

    • Dédié retail 3–4 semaines

    • Site : stock limité (quota)

    • Marketplaces : ouverture uniquement quand la stabilité supply est prouvée

Cas 3 — Opération commerciale marketplace

  • Objectif : capter le volume sans casser le service.

  • Règles :

    • Stock dédié marketplace (lot) + stock partagé pour le reste

    • Promesse ajustée (si autorisé)

    • Cap de commandes/jour + renfort exploitation planifié

5) Les erreurs fréquentes (et comment les éviter)

  1. “Tout partagé, on verra bien” : sans caps et buffers, vous subissez la demande.

  2. Stock retail non protégé : rupture en magasin alors que le stock est parti en expédition.

  3. Mise à jour stock trop lente : survente, annulations, pénalités marketplaces.

  4. Règles non écrites : arbitrage au feeling, conflits internes.

  5. Pas de gestion des retours dans la disponibilité (retour ≠ immédiatement revendable).

  6. Promesses trop agressives alors que la capacité de préparation n’est pas stable.

  7. Même règle pour tous les SKU : l’ABC n’existe pas “pour faire joli”.

  8. Pas de revue périodique : les règles datent d’une ancienne saison / d’un ancien mix canal.

6) KPI à suivre (simples et actionnables)

  • Taux d’annulation par canal (et cause)

  • Taux de rupture (site / marketplace / retail)

  • Taux de survente (commandes non honorées faute de stock)

  • OTIF (On Time In Full) par canal

  • Rotation stock + jours de couverture

  • Part des ventes par canal vs stock alloué (écart = rééquilibrage à faire)

  • Retours : délai de remise en stock + taux de remise en vente

7) Checklist “allocation multi-canal” (à copier-coller)

  • Définir les canaux et leurs engagements (SLA, cut-off, pénalités)

  • Classer les SKU (ABC + tags : fragile, promo, nouveauté)

  • Nommer une source de vérité stock (OMS/ERP/WMS)

  • Choisir un modèle : dédié / partagé / hybride

  • Fixer : priorités, buffers, caps, déclencheurs

  • Formaliser en matrice produit x canal

  • Définir les KPI et une revue mensuelle

  • Documenter la gestion des exceptions (survente, litiges, retours)

Comment Elico peut vous accompagner

Quand vous vendez sur site, marketplaces et retail, l’enjeu n’est pas seulement “où stocker”, mais comment arbitrer. Elico peut vous aider à formaliser vos règles d’allocation (matrice, buffers, caps), à les déployer côté exploitation (préparation, promesses, retours) et à mettre en place un pilotage par indicateurs, de manière adaptée à vos contraintes multi-canal.

FAQ — stock multi-canal

Stock partagé ou stock dédié : que choisir ?

Le stock partagé maximise la disponibilité globale. Le stock dédié simplifie l’arbitrage. Dans la plupart des organisations multi-canal, un modèle hybride est le plus robuste.

Comment éviter la survente sur marketplaces ?

Avec une mise à jour stock rapide, des caps (plafonds), des buffers et des déclencheurs quand le stock passe sous un seuil.

Comment protéger le retail sans bloquer l’e-commerce ?

En attribuant un quota retail sur certains SKU (nouveautés, produits “image”) et en rééquilibrant selon les ventes réelles.

À quel moment réserver le stock ?

L’option la plus sûre est de réserver au moment de la commande (ou du paiement selon votre système), puis d’ajuster en cas d’annulation/non-paiement. L’important est d’avoir une règle claire et appliquée partout.

Quels produits piloter en priorité ?

Les best-sellers, les nouveautés, les SKU en promo, et les produits à contrainte (fragile, packaging). Ce sont ceux qui génèrent le plus d’incidents si les règles sont floues.

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